L'envers du décor, cas 6 sur 6 : L'anticipation
L'homme-clé qui voulait partir.
40 % du prix en earn-out, à condition de rester trois ans. Philippe est parti au bout d'un an, et l'earn-out avec lui.
Opération confidentielle
Projet Clé
Bureau d'études techniques, Lorraine
a été cédée à
un groupe national d'ingénierie
Earn-out perdu
Le récit
- Secteur
- Bureau d'études techniques
- Taille
- 30 ingénieurs
- Acquéreur
- Groupe national d'ingénierie
- Prix
- 7,0 M€, dont 2,8 M€ d'earn-out
- Issue
- Earn-out perdu, clientèle érodée
Philippe a fondé son bureau d'études il y a vingt-cinq ans. L'entreprise compte 30 ingénieurs, mais une seule personne connaît tous les clients : lui. Il signe les devis, arbitre les plannings, déjeune avec les donneurs d'ordre. Il n'y a pas de numéro deux.
Un groupe national d'ingénierie accepte son prix, 7 M€, à une condition : 40 % en earn-out sur trois ans, avec Philippe maintenu comme directeur de la filiale. L'acheteur ne fait que se protéger : ce qu'il achète, c'est essentiellement Philippe.
Six mois après le closing, Philippe découvre les reportings mensuels, les comités d'engagement, les validations en central et un supérieur hiérarchique de 38 ans. Lui qui décidait seul depuis vingt-cinq ans le supporte de moins en moins. Il démissionne au bout d'un an.
Les clauses de départ volontaire s'appliquent : il perd l'essentiel de son earn-out. Les clients, qui suivaient l'homme plus que la marque, s'en vont progressivement. L'acheteur voit fondre le chiffre d'affaires qu'il a payé. Tout le monde a perdu.
Journal de l'opération
- MarsAccord sur le prix, dont 40 % en earn-out sur trois ans.Prix abandonné :
7,0 M€ - JuinClosing. Philippe reste directeur de la filiale.4,2 M€ comptant
- DécembreReportings, comités, validations centrales. Les frictions s'installent.—
- Juin suivantDémission de Philippe. Les clauses de départ volontaire s'appliquent.Issue finale : Earn-out perdu
- L'année suivanteDépart progressif des principaux clients.—
Ce qui a manqué
Une cession se prépare dans les comptes, mais aussi dans l'organisation et chez le dirigeant.
L'earn-out n'était pas le problème : c'était la réponse rationnelle d'un acheteur face à une entreprise qui reposait sur un seul homme. Le vrai sujet, c'était l'absence de deuxième ligne, et une question que personne n'avait posée à Philippe : êtes-vous prêt à devenir salarié ?
Earn-out : comment fonctionne un complément de prix, et quand il se retourne contre le cédant
L'earn-out, ou complément de prix, conditionne une partie du prix à des performances futures de l'entreprise, mesurées sur une ou plusieurs années après la cession. Il permet de rapprocher les attentes du vendeur et la prudence de l'acquéreur.
Quand l'entreprise repose sur son dirigeant, l'acquéreur lie souvent l'earn-out à son maintien en poste. Des clauses de départ déterminent alors ce qu'il perçoit s'il quitte l'entreprise avant le terme : un départ volontaire anticipé peut lui faire perdre tout ou partie du complément de prix.
La meilleure protection est de rendre l'entreprise moins dépendante de son dirigeant avant la vente, et de négocier un earn-out dont la durée, les critères et le rôle post-cession sont compatibles avec ce que le cédant est réellement prêt à vivre.
Ce que Titanium aurait fait
Rien de ce qui a fait dérailler cette opération n'était imprévisible. Voici comment nous l'aurions préparée, en partant de la date de cession visée.
- 36 mois avant
Construire une deuxième ligne
Identifier, recruter ou promouvoir un numéro deux crédible, et lui donner un vrai périmètre.
- 24 mois avant
Transférer les relations
Les clients clés rencontrent l'équipe, pas seulement le dirigeant. L'entreprise devient cessible sans son fondateur.
- Avant la mise en marché
Une conversation franche
Ce que le dirigeant est prêt à vivre après la cession, combien de temps, dans quel rôle. Sans complaisance.
- À la négociation
Un earn-out à sa mesure
Durée, rôle, critères et clauses de départ calibrés sur la réalité du dirigeant, pas sur l'idéal de l'acheteur.
Pour aller plus loin
- Chantier 1Réduire la dépendance au dirigeant pour vendre son entrepriseUne entreprise qui repose sur son dirigeant se vend mal et se décote. Comment installer l'autonomie opérationnelle qui rassure les acquéreurs, deux à trois ans avant la cession.
- Guide completVendre sa PME : les 8 chantiers à préparer 3 ans avant la cessionLa valeur de cession et la fiscalité de la vente se construisent en amont. Les huit chantiers à engager trois ans avant de céder son entreprise.
Votre cession n'a pas vocation à devenir un cas d'école.
Un premier échange confidentiel suffit pour repérer ce qui pèsera sur votre prix et le temps qu'il faut pour le traiter.
- LuxembourgThomas Blardthomas@titanium.partners
- ParisLaurent Blaizaclaurent@titanium.partners